Savez-vous que votre cerveau vous ment ?
Dernière mise à jour : 27 juil.
Notre cerveau est une machine à protéger. Quand une situation devient inconfortable avec trop de pression, trop de fatigue, un travail qui ne fait plus sens, une situation personnelle difficile, il active ses mécanismes de défense. Il rationalise, il minimise, il trouve de bonnes raisons pour continuer. « Il y a des choses plus graves dans la vie. »
Ce n’est pas de la mauvaise foi mais le cerveau préfère la cohérence au changement et il est prêt à vous raconter ce qu’il faut pour maintenir le statu quo.
Pendant ce temps, le corps enregistre, signale et attend qu’on l’écoute. Et si on le fait attendre trop longtemps, il va imposer sa voix au travers de différents maux.
On a appris à traiter le corps comme un outil de travail, pas assez comme une source d’informations.
En 2008, la neuroscientifique Jill Bolte Taylor publie le récit de l’AVC qu’elle a subi à 37 ans. Ce matin-là, elle observe en temps réel et avec l’œil d’une scientifique, ce qui se passe dans son propre cerveau alors qu’il se dégrade. Elle décrit qu’à mesure que la partie analytique de son cerveau (celle du langage, du contrôle, du temps linéaire) se met hors-jeu, elle entre dans un état qu’elle n’avait jamais connu. Elle entend davantage sa voix intérieure et ne distingue plus de frontière nette entre elle et le monde. Juste des sensations, du présent, une forme de paix étrange et totale.
Ce qu’elle a compris ce jour-là, c’est que nous disposons de deux façons radicalement différentes de traiter l’expérience. L’une, analytique et verbale, nous permet de planifier, d’évaluer, de performer. L’autre, sensorielle et corporelle, perçoit ce que les mots ne formulent pas encore comme les tensions, les résistances, les élans. Et dans nos vies très orientées performance, nous avons pris l’habitude de n’écouter que la première.
Le corps, lui, parle l’autre langue. Il parle avant que la tête accepte de l’entendre. La tension dans les épaules qui s’installe, la fatigue qui ne passe plus avec le week-end, l’irritabilité qui monte pour des petites choses, l’envie de rien qui s’installe doucement. Ce ne sont pas des caprices, ni des signes de faiblesse, ce sont ces signaux souvent précoces que nous avons appris à ignorer.
Tenir n’est pas une compétence, c’est une incompétence à s’écouter.
Les conséquences sont connues : burn-out, dépression, troubles musculo-squelettiques, anxiété, perte de sens, absentéisme. Autant de situations où le corps a envoyé des signaux longtemps avant que la situation ne devienne critique.
Si vous êtes manager ou dirigeant, vous savez probablement déjà qu’une équipe épuisée ne performe pas durablement. La vraie question est peut-être : est-ce que vous créez les conditions pour éviter au maximum ces situations ?
À l’époque de mon burn-out, les entreprises ne faisaient pas encore grand- chose sur ces sujets et moi, je ne savais pas encore écouter mon corps ni en prendre soin. Aujourd’hui, les choses évoluent mais l’entreprise ne peut pas ressentir à votre place. Ce travail d’écoute, il est de votre responsabilité.
L’invitation est à prendre au sérieux. Que dit votre corps et que vous mettez peut-être, depuis un moment déjà en sourdine.
Si quelque chose a résonné, si un signal vous est venu à l’esprit en lisant cet article, si vous vous êtes reconnu.e, même en creux, dans cette personne qui tient et qui minimise, cet exercice est pour vous.
UN TEMPS POUR VOUS
État des lieux
Cette semaine, prenez deux minutes chaque matin. Fermez les yeux, respirez, et demandez-vous « comment je me sens, dans mon corps ? » Notez un mot, une sensation.
Réflexion
En fin de semaine, regardez ce que vous avez noté. Y a-t-il des constantes ? Des moments récurrents de tension, de fatigue, de résistance ? Qu’est-ce que ces signaux pourraient vous dire sur votre rapport au travail ou à votre vie en ce moment et depuis combien de temps ils sont là ?
Passage à l’action
Identifiez une chose qui vous ferait du bien, même une petite chose et mettez-le dans votre agenda de la semaine ou du week-end prochain.
Prenez rendez-vous avec un professionnel de santé physique et/ou mentale pour avoir un avis extérieur.
Pensez aussi aux professionnels de la médecine du travail sensibilisés à ces sujets.
Pour écouter le témoignage de Bolte Taylor : youtube.com/watch?v=UyyjU8fzEYU
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